De l’ouverture des données à la circulation des données

L'ouverture des données et la circulation des données

« Big Data », « Smart Data », « Fast Data », « Open Data », « Ouverture des données » … La multiplication des expressions qualifiant les données exprime la place centrale que ces dernières occupent désormais dans l’organisation du monde économique, social et politique. Ces data rythment nos vies et notre environnement, elles transforment nos identités, nos rapports à l’autre, les modèles économiques des firmes, les missions de service public… Avec la transformation numérique de la société (essor des réseaux sociaux, généralisation de la consommation en ligne, dématérialisation des services, etc.), la quantité de données produites ne cesse d’augmenter. Alors qu’en 2013 elle était estimée à 4 Zettaoctets, elle représente aujourd’hui 33 Zettaoctets. Le nombre de données produites dans le monde devrait atteindre 180 zettaoctets d’ici 2025. Si l’expression de « Big Data » renvoie notamment à ce phénomène de massification, elle intègre également l’évolution des technologies, désormais capables de traiter, stocker, analyser, cette masse de d’information et de lui donner un sens.

Depuis 2013, la quantité de données produites dans le monde a doublé tous les deux ans

Alors que c’est dans un premier temps le monde économique qui s’est saisi de cette tendance et a tenté d’en tirer parti, les acteurs publics ont rapidement perçu le potentiel de valeur de leurs propres données. Territoires et États ont alors lancé de véritables politiques publiques de la donnée – bien que les niveaux de maturité et l’importance portée à la question diffèrent largement.

C’est notamment autour de l’ouverture des données que se sont dans un premier temps cristallisées les initiatives. Cependant, face aux limites que rencontrent ces projets, il apparaît désormais nécessaire de réfléchir à une gouvernance des données à l’échelle du territoire, favorisant la circulation et donc la valorisation de celles-ci.

Un contexte favorable à l’ouverture des données

Face à ce constat de massification des données et de la nécessaire gestion qui en découle, les institutions françaises et européennes s’activent depuis quelques années à proposer un cadre législatif et réglementaire pour renforcer et accélérer la transition numérique des acteurs publics. La Loi pour une République Numérique de 2016 (ou Loi Lemaire) encourage cette transition en favorisant une politique d’ouverture des données et des connaissances et en renforçant les droits des individus. L’Open Data est un moyen de promouvoir la transparence grâce à la mise à disposition des données publiques.

Les collectivités ont l’obligation de publier en ligne un certain nombre de jeux de données concernant notamment les listes des marchés publics, des subventions, des équipements publics, des adresses, des délibérations, etc. La publication de ces données s’opère soit sur des plateformes de données portées par les collectivités, soit sur la plateforme nationale dédiée data.gouv.

Les collectivités peuvent publier des jeux de données sur les plateformes qu’elles portent ou sur une plateforme nationale

En France, l’ouverture des données est surtout vue comme un moyen d’ouvrir aux acteurs locaux des territoires (entreprises innovantes, associations, citoyens, etc.) et nationaux (observatoires, ministères, etc.) des bases de données de qualité, pour permettre à cet écosystème de développer de nouveaux services basés sur ces données. Par exemple, la mise à disposition de données de disponibilité de places de parking peut permettre de développer des applications indiquant aux usagers la disponibilité des places de parking en temps réel.

Au-delà de l’Ouverture des données

Cependant, les politiques Open Data n’ont pas rempli l’ensemble des promesses. Ainsi, le développement économique et la création de services autour des données ouvertes ont pu paraître décevants au regard des ambitions affichées.

Pourtant, les acteurs économiques sont en demande de données de qualité, rares, à forte valeur ajoutée. Ainsi, les estimations du marché de la monétisation de données sont particulièrement optimistes. Ainsi Gartner, Forrester et McKinsey estiment qu’il devrait atteindre 500 milliards de dollars d’ici 2022, avec un TCAC (taux de croissance annuel composé) de 38% et une croissance de 500% entre 2018 et 2022.

Ces chiffres démontrent l’appétence des organisations pour des données extérieures. Néanmoins, pour des raisons juridiques, politiques, économiques, toutes ces données ne seront – a minima à court/moyen terme- diffusées en Open Data. Or, entre le closed data et l’open data, le continuum des possibilités est large. Les licences Open Data sont elles-mêmes diverses et peuvent par exemple autoriser, ou non, leur utilisation commerciale.

Dans une perspective de développement économique, les acteurs publics peuvent chercher à organiser et encourager cette circulation en créant un cadre de confiance facilitateur des échanges, monétisés ou non, de données. Plusieurs initiatives voient le jour en France telles que celle de la Région Ile-de-France, de la région Occitanie ou encore de Rennes Métropole. Ce cadre de confiance peut se composer d’éléments juridiques, techniques, incitatifs etc.

Ce positionnement a également pour objectifs de permettre aux acteurs publics de faire respecter certains principes et d’affirmer sa place dans la régulation du marché de la donnée. Ce marché reste en effet encore largement peu régulé et les réglementations peinent à s’imposer à l’ensemble des acteurs.

Si certaines collectivités avancées sur le sujet, telles que Bordeaux, Nice ou encore Nantes, qui commencent à définir des stratégies et à mettre en œuvre leur politique de la donnée, la grande majorité des collectivités sont encore aujourd’hui au début de leur démarche et peinent à progresser sur ces sujets. En effet, la mise en œuvre d’une politique de la donnée implique une organisation en interne et des compétences spécifiques rarement présentes au sein des équipes. De plus, il n’existe pas encore de modèle prédéfini d’organisation ou de gouvernance des données. Pour sortir de la simple mise en conformité vis-à-vis de la loi et des exigences d’ouverture, la démarche reste aujourd’hui somme toute exploratoire.

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