Démocratie participative, citoyenne et numérique : Les collectivités agissent et en parlent

Démocratie participative citoyenne numérique

Colloque de la Mission ECOTER – Participation citoyenne et numérique 15/05/2019

La caisse des dépôts et consignations accueillait ce mercredi 15 mai la mission Ecoter pour une rencontre avec les acteurs de la démocratie citoyenne numérique. Organisé par le Think Tank Décider ensemble, créé en 2005 par le ministère de l’écologie et du développement durable. Cet événement était l’occasion pour les intervenants de partager leurs expériences territoriales de mise en place de projets tournés vers la participation citoyenne via la mise en place de plateforme numérique.

Partager les expériences autour de la participation citoyenne 

S’il est simple d’observer l’offre pléthorique de plateformes de débats et de portails d’échanges entre élus et citoyens. L’intérêt de cette journée, à travers la phrase « Participation citoyenne et numérique : métiers et compétences dans les collectivités », était d’observer le degré de maturité des collectivités grâce au partage des retours d’expérience de chacun. Longtemps chasse gardée des entreprises et start-ups innovante, il est temps de prouver que les collectivités territoriales ont pris en compte les nouveaux enjeux de la démocratie participative numérique. 

Sous la direction de Tatiana de Feraudy, chercheuse en démocratie participative et civitech pour “Décider ensemble”, se sont succédés à la tribune plusieurs intervenants. Dont des chargés de missions dans le dialogue citoyen, l’open innovation ou encore la mise en place de projets tournés vers la participation citoyenne territoriale. Tous ont partagé leurs expériences autour de la conduite en interne de ces démarches participatives. Les méthodes et outils utilisés pour mener ces projets et les difficultés rencontrées, du portage de l’idée jusqu’au retour au citoyen.  

Considérés comme un nouveau moteur de la démocratie, les outils de la Civic Tech, ou en français, les « technologies civiques » souhaitent apporter des réponses à de multiples enjeux : transparence de la vie politique, amélioration des méthodologies de travail, démocratie directe. L’écosystème de la CivicTech a pleinement conscience de la nécessité de faire évoluer les pratiques. Et comme nous, il croit en la complémentarité d’un travail de terrain en présentiel et d’un recueil des besoins via les nouvelles plateformes de la participation citoyenne. Cependant, l’outil numérique, aussi élaboré soit-il, ne peut pas entièrement se substituer aux canaux classiques de participation. Son potentiel est au contraire démultiplié lorsqu’il est intégré dans une démarche globale de participation, incluant des dispositifs en présentiel.

Les collectivités, nouveau moteur de la vie démocratique citoyenne   

S’adapter aux contextes locaux 

Initialement abordé par les entreprises, les collectivités territoriales sont désormais acteurs de leur transformation numérique. En accueillant en leurs seins, des personnes capables de faire vivre leurs projets et instaurant de nouvelles méthodologies et de nouveaux outils.

Etant convaincus que l’Open Source constitue le pendant technique à l’objectif d’inclusion des citoyens dans la prise de décision territoriale. La plateforme Decidim, développée par la mairie de Barcelone, nous parait particulièrement porteuse de sens. Construite sur le principe et objectif de l’ouverture de la démocratie, cette plateforme cherche à faciliter la participation de tous dans la prise de de décision de la municipalité de Barcelone. Souhaitant utiliser un outil en adéquation exacte avec leurs besoins locaux. C’est la ville qui a décidé d’investir dans le développement de la plateforme Open source, via la constitution d’un groupement de plusieurs PME Barcelonaises. L’ouverture de son code source a permis par la suite son adoption dans de nombreuses collectivités à l’international.

En France, OpenSourcePolitics, accompagné du collectif Code For France, s’est spécialisé dans l’intégration de la plateforme dans les collectivités françaises. Adapté aux spécificités territoriales française dans ses fonctionnalités, l’outil a, entre autres, déjà séduit la mairie d’Angers et la région Nouvelle-Aquitaine. Ces exemples illustrent tout l’enjeu des outils de la démocratie participative et des dispositifs mis en place ; l’adaptation aux besoins spécifiques de la collectivité. En effet les multiples fonctionnalités disponibles permettent à chaque collectivité de paramétrer finement l’outil, en fonction de ses objectifs et de ses besoins.

Entre besoins opérationnels et enjeux stratégiques   


La plupart des collectivités ont souligné le besoin en ressources humaines pour mener à bien les projets.

Mais l’outil ne fait pas tout. En effet, comme le souligne Louise Rigolier, aujourd’hui chargée de mission dialogue citoyen numérique pour la ville de Nantes, « dans l’élaboration d’un projet de démocratie participative numérique, il est primordial de partir du besoin pour sélectionner l’outil, et non l’inverse ». Les outils offrent de nombreuses possibilités allant de la création d’une plateforme de dialogue et de recueil des avis, à la mise en place d’un budget participatif citoyen.

Quel que soit le projet, cela implique d’adopter une démarche transversale et de désigner un ou plusieurs interlocuteurs au sein de la collectivité.  Ces derniers doivent disposer d’une bonne connaissance du territoire, avoir conscience du degré de maturité numérique de l’administration en place, et surtout, bénéficier d’un rapport direct et rapide avec les instances politiques.

En effet, le portage politique et administratif est un prérequis obligatoire à la réussite d’un projet au sein d’une collectivité territoriale. Comme nous le confirme Romain de Nève, chargé de mission participation citoyenne à la MEL (Métropole européenne de Lille), les instances politiques et administratives doivent s’accorder sur une vision commune, permettant la mise en place des nouveaux outils et la réussite des projets engagés.

Conscientes que l’outil technologique ne suffisait pas, la plupart des collectivités ont souligné le besoin en ressources humaines pour mener à bien les projets. Or, les collectivités n’ayant pas toujours les ressources suffisantes pour permettre l’ouverture d’un poste supplémentaire pour ces sujets, la question des ressources humaines est un frein important aux développements de ces démarches.

Faire évoluer les méthodes : Le métier de chargé de mission démocratie participative et numérique 

« L’usage du numérique se traduit par une évolution des métiers impliqués dans la relation au citoyen et une transformation des compétences nécessaires en interne pour mener à bien ces projets. »  

Décider ensemble

La transformation numérique des collectivités territoriales à des impacts organisationnels forts et pose la question des compétences internes pour mener un tel changement. Les canaux traditionnels, (réunions publiques, sondages…), notamment des directions de la communication, des systèmes d’information et des chargés de démocratie participative, ont progressivement mutés. Les nouveaux outils gagnent en transversalité et impliquent la prise en compte d’enjeux qui dépassent l’ancienne organisation en silo. L’information sur les projets territoriaux, la participation des citoyens à ces projets, la co-construction de l’action territoriale via le recueil des besoins des usagers, sont autant d’enjeux transversaux qu’il faut penser de manière globale et mutualisée dans les collectivités. 

C’est l’enjeu principal d’un projet de démocratie participative et plus globalement, d’un projet numérique. Mobiliser l’ensemble d’une collectivité, afin qu’elle s’adapte au mieux à la modernisation entraînée par ces nouveaux outils numériques. C’est tout l’intérêt d’un chargé de mission dédié à cet aspect : prendre conscience des enjeux et les faire vivre au sein de la collectivité.

 

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